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Du slam dans l’âme. Clemens Streit parle de sa passion.

Clemens Streit sur scène

A 34 ans, Clemens Streit aime jouer avec les sons et les mots. Régulièrement, ce Genevois quitte son costume de juriste dans une caisse de prévoyance et monte sur scène pour faire sur slam. Difficile à imaginer ? Pourtant, il suffit de pousser la porte du Chat noir à Carouge un mercredi soir pour découvrir l’univers de Héros Tanguant, son nom de scène. Dans un entretien, il nous parle de sa passion.

Clemens Streit parle de slam
Clemens Streit © Nicole Pomezny

Depuis quand fais-tu du slam ?

Depuis environ cinq ou six ans. Une amie venait de reprendre la scène slam du Chat noir et cherchait du monde. Puisque je faisais déjà du théâtre d’improvisation, je me suis lancé. Et après environ deux ans, elle a voulu arrêter. Petit à petit, j’ai donc aussi commencé à animer les soirées du Chat noir et ça me plaît beaucoup.

Le slam est souvent décrit comme de la poésie orale, urbaine, déclamée dans un lieu public, sur un rythme scandé. Es-tu d’accord avec cette définition ?

Je dirais que c’est une expression poétique qui peut prendre des formes très variées. L’aspect performance est très important. Il y a trois règles à respecter. Le texte doit être écrit par la personne qui le présente, il ne doit pas dépasser 3 minutes et il ne faut ni costume, ni accessoire, ni musique.

Quelles sont ses origines ?

Le slam est apparu en 1984 à Chicago. Il a été inventé par Marc Smith, qui voyait que la poésie était circonscrite à des clubs littéraires guindés. L’idée était avant tout de démocratiser cela.

Et aujourd’hui, où est-il pratiqué le plus ?

C’est encore très pratiqué aux Etats-Unis et au Canada, en Allemagne et dans le monde francophone. Cependant, il n’est pas toujours évident de distinguer le slam d’autres formes de poésie. Les limites sont poreuses, même si les puristes exigent notamment l’absence totale de musique.

Donc la différence entre l’Europe et les Etats-Unis est le rythme ?

Oui, c’est souvent plus rythmé aux Etats-Unis, mais c’est peut-être une question de langue aussi.

Et dirais-tu que les slameurs ont un profil particulier ?

Au Chat noir, ils ont entre 20 et 85 ans. Et en général, il y a plus d’hommes. Mais ce n’est pas du tout fermé aux femmes, vraiment pas. D’ailleurs, je rêverais d’une scène encore plus diversifiée, avec des hommes, des femmes, de toutes les orientations sexuelles et de toutes les origines. Mais il reste encore du travail à faire !

Lorsqu’on fait du slam, parle-t-on forcément de soi ?

Non, pas forcément. Il est vrai que pour certaines personnes, c’est presque une thérapie sur scène. En effet, elles viennent partager des histoires très dures. D’autres parlent de textes politiques, de contes. Ou alors on joue juste sur les sons, sans chercher de sens. On peut imaginer une multitude de formes.

Et par rapport à toi ?

Pour moi, c’est l’envie d’exprimer des choses que j’ai à l’intérieur de moi.

Comment se passe l’écriture ? Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je pars du ressenti ou de la thématique. Parfois ce sont des choses que j’entends dans la rue. Cela peut venir de rencontres, de personnes. Le processus d’écriture est différent pour chacun. Pour moi, certaines choses viennent vite et j’en traîne d’autres sur six mois. Mon ordinateur est d’ailleurs plein de bribes de slam.

Qu’est-ce qui te plaît dans cette forme d’expression ?

Il y a un besoin d’exprimer, de partager et de voir la réaction du public. J’aime aussi l’aspect surprenant des soirées slam. On ne sait jamais vers quoi cela va mener. Cela se passe dans un cadre très accueillant : tout le monde peut le faire. Et il y a aussi un côté non permanent, contrairement à un texte ou une vidéo qui est figé. Cela rend l’exercice plus facile. On se dévoile, mais il n’y a pas de trace physique.

«Il faut venir, expérimenter. En fin de compte, il y a peu d’endroits où les gens se racontent. C’est beau de voir cela.»

Quels artistes admires-tu le plus ?

Je ne suis pas des artistes dans la durée. C’est plus ponctuel. La production d’un artiste va résonner avec ce que j’ai envie de vivre à ce moment. Gael Faye par exemple ou Eminem aussi. Sa capacité à faire résonner des sons est incroyable. Dernièrement, j’ai été voir le concert d’Eddy de Pretto. Il a des textes d’une humanité bluffante.

As-tu des conseil pour quelqu’un qui hésite à se lancer ?

Il faut venir, expérimenter. En fin de compte, il y a peu d’endroits où les gens se racontent. C’est beau de voir cela. Et s’ils ont envie de monter sur scène, ils sont les bienvenus. C’est en effet un environnement très bienveillant et sans jugement.

Quels sont tes projets ?

J’aimerais monter un spectacle entier de slam un jour. Il traîne un peu. Je voulais faire un spectacle en solitaire sur mon univers. Mais, il faut tenir 45 minutes à 1h, s’assurer que les enchaînements et les rythmes jouent. C’est du boulot (rires).

Penses-tu le faire en 2019 ?

J’espère. Puisque je fais des choses très personnelles, il faut se convaincre que l’histoire qu’on veut raconter vaut la peine.

Oui, car il y a une dimension où l’on se met à nu…

Je le fais aussi dans ce but-là. On cherche des choses personnelles pour les exprimer. Dans toute démarche artistique, on creuse au fond de soi.

Et dans un horizon temporel plus proche, quand peut-on te voir prochainement sur scène ?

Il y a une scène tous les deux mois à Genève le mercredi soir au Chat noir. La prochaine est le 18 avril. A Lausanne, il y a aussi une séance par mois le mercredi soir au Bleu lézard.

Prochaine date :
Mercredi 18 avril au Chat noir, Donne ton slam au Chat, entrée gratuite
1e partie à thème (choix) : «Tous pour un, un pour tous» ou «Moi d’abord» 2e partie : libre

D’autres informations sur les soirées slam: 
www.slaam.ch
page Facebook GE slam – un peu de slam à Genève.


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